L'arbre à la fée (extraits)

Texte

C'était au temps où le bois du Rabey s'étendait des flancs du mont de la Pernelle jusqu'à l'île de Tatihou.

Sur les bords de la mer, dans les dunes de Grenneville, posée en équilibre au milieu d'une pente, on voyait une misérable chaumière, recouverte d'ajoncs et de roseaux. Alentour, dans les rares endroits ou le sable n'avait pas envahi une terre aride et sans buissons, quelques essais de culture attestaient d'un travail et des efforts que la nature rebelle rendait presque improductifs.

Dans l'unique pièce de cette cabane, enfermes pas les quatre murs crépis a la chaux, vivaient un homme et une femme encore jeunes qui, ce soir-la, se chauffaient auprès d'un feu de tourbe. Les restes d'un maigre repas traînaient sur la table grossière qui composait, avec un lit rudimentaire, tout le mobilier. L'humidité avait forme des moisissures sur la terre battue.

[...]

Au bas du ravin, près d'une mare ou l'eau dormante perçait a peine sous un linceul de feuilles mortes, se dressait un chêne énorme, dont le tronc était si large que trois personnes auraient a peine pu lui faire une ceinture de leurs bras.

Sans se retourner, le prêtre s'arrêta devant cet arbre remarquable et toucha, du bout d'une main qui parut soudain a Lucas rouge comme le feu, l'écorce séculaire.

Aussitôt, dans un lent mouvement de rotation, l'arbre s'entrouvrit. Une clarté violente éclaira la crevasse qui venait de s'y former et fit reluire des monceaux d'or, de bijoux, de pierres précieuses, qui semblaient descendre de son faîte et s'amonceler sus ses racines.

[...]

Auteur

Claude Pithois

Ouvrage

Légendes du Cotentin

Année

1972

Source

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