Excursion dans le Val de Saire

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Quettehou

Il va se trouver midi quand nous atteignons Quettehou. Monsieur l'abbé Gohier, curé-doyen, membre de notre société, nous reçoit et en notre honneur, fait sonner l'Angélus avec les quatre belles cloches dont il a doté son église.

Monsieur le Doyen nous fait apprécier la richesse de sa magnifique église, qu'il a d'ailleurs restaurée avec un goût très sûr. Nous ne pouvons mieux faire que de reproduire les renseignements qu'il a bien voulu nous communiquer.

« Eglise, style ogival primitif, construite dans les premières années du XIIIe siècle, dédiée à Saint Vigor, évêque de Bayeux, fut donnée en 1214 à l'abbaye de Fécamp par Hugues de Morville, évêque de Coutances. L'abbé de Fécamp aura le patronage de cette église jusqu'à la Révolution, et jouira des deux tiers des grosses dîmes, le tiers restant, pour le chapitre de Coutances.

L'église de Quettehou était, semble-t-il, en état d'insuffisant entretien, si l'on en juge par la permission donnée le 2 avril 1203 par Jean sans Terre au Sénéchal de Normandie de faire délivrer à « Guillaume, doyen de Quettehou », six couples de chevrons de chêne dans la forêt de Valognes pour la réparation de l'église de Quettehou.

Des pierres encastrées dans le mur de la tour actuelle, d'autres retrouvées dans le vieux pavé remplacé en 1930 dans la basse-nef, permettent de penser que cette ancienne église avait un cachet roman.

Les Religieux de Fécamp, recevant le patronage de l'église, reconstruisirent le chœur, selon l'usage du temps observé par les Patrons, les paroissiens devant se charger de la nef et le firent avec une sobriété d'exécution qui met en relief la générosité des Religieux de Fécamp.

Nef. -— Pénétrant dans l'édifice par le portail qui est surmonté de trois lancettes, nous voyons la nef qui est éclairée au nord par cinq lancettes aussi élégantes quoique moins élevées, que celles du portail.

Chœur. — Dans les murs latéraux du chœur, entre chaque contrefort, se trouvent des fenêtres à deux baies séparées par un meneau large et sans architecture, surmontées par un oculus fond ou quadrilobé, et encadrées à l'entrée de leur éveil par deux colonnettes légères surmontées de deux chapiteaux qui supportent une gracieuse ogive de pierre.

Au chevet, trois fenêtres plus grandes, à un seul compartiment, sont garnies de verrières qui retracent les principaux épisodes de la vie de Saint Vigor.

Chapelle Saint-Jean-Baptiste. — Il est regrettable que les deux dernières fenêtres septentrionales, à l'entrée du chœur, soient obstinées presqu'entièrement par la toiture et la voûte en plâtre d'une chapelle bâtie en 1616 en l'honneur de Saint-Jean-Baptiste, par « Noble homme Jean Colas de Brévolles », pour lui servir ainsi qu'à sa famille de lieu de « séance, et de sépulture ». Naturellement, cette chapelle fut bâtie avec l'autorisation de l'Abbaye de Fécamp, à la condition expresse qu'elle serait entretenue, par la famille Colas.

Les voûtes du chœur et de la nef, entièrement en pierres dû pays, ont respectivement 11 mètres et 10 mètres d'élévation.

Autant de nervures à la voûte, autant de colonnettes descendant le long des mûrs et ayant chacune son chapiteau ; les formerets eux-mêmes viennent ajouter leurs colonnettes. à celles qui reçoivent les arêtes de la voûte, et ces faisceaux de colonnettes sveltes, élancées, constituent un ensemble gracieux, d'autant plus digne de recevoir l'attention dû visiteur que plus rare est cet agencement dans les églises de campagne.

Notons aussi que toutes ces colonnes, au lieu de se continuer jusqu'au sol, reposent, à hauteur d'homme; sur un entablement qui domine autant d'enfeux qu'il y a de travées tout autour du chœur.

Tour. — La tour de l'église fut construite de 1485 à 1498, sous la direction de Me Jehan du Mesnil, chanoine de Coutances et curé de Quettehou, par les maçons « Jehan Fafin et Jehan Maugis », aux frais du trésor et des paroissiens.

Cette tour, à l'époque de sa construction, dominait une chapelle dédiée à Sainte Barbe et fondée par une famille Cantel, sans l'autorisation de laquelle nul ne pouvait y être inhumé.

Basse nef.— Faisant suite à cette chapelle, nous trouvons une basse-nef qui fut construite vers 1559 et dédiée primitivement à Saint-Sébastien. Elle devait être voûtée comme la nef sa voisine, des colonnes attendent un chapiteau et les arêtes de la voûte projetée. Malheureusement, cette nef attendit sa voûte pendant deux siècles, et quand on jugea possible de faire cette voûte, on la construisit en arc de cloître, telle qu'elle est maintenant. Ce fut fait en 1765.

Statues. — Dans la chapelle Sainte Barbe, on remarque une belle vierge en pierre, fin du XIV siècle, restaurée eu 1936 ; dans la basse-nef, un Christ piteux du XVe siècle, en bois, et dans la grande nef, une Sainte Anne, en bois polychromé, du XVIII° siècle.

Souvenir historique. — Le 12 juillet 1346, premier jour de la guerre de Cent Ans, Edouard III, roi d'Angleterre, débarqué le matin à Saint-Vaast avec son armée, monta à l'église de Quettehou où il arma chevalier son fils Edouard, dit le Prince Noir, avec une foule d'autres jeunes gens.

Site: — Le site dont on jouit du cimetière et surtout du sommet du clocher, mérite une mention spéciale. C'est avec satisfaction que de là le regard se repose sur la tour de La Pernelle, Montfarville, Réville, son clocher et la Pointe de Saire, arrive sur l'île de Tatihou, Saint-Vaast et la Hougue, pour plonger vers les falaises du Calvados, les îles Saint-Marcouf, Grandcamp-les-Bains, Maisy et son beau clocher, puis les plages de la Manche, la Madeleine, Ravenoville, les Goujins, Quinéville et Morsalines.

De là, on aime se remettre en mémoire et se représenter Tourville coulant ses navires à la pointe de la Hougue par ordre supérieur, pour les arracher aux Anglais, et l'on revit cette cruelle défaite qui, si elle coûta des larmes au grand Tourville, mit en évidence sa valeur de grand marin et son amour de la discipline qui a toujours fait la force de nos soldats de terre et de mer, et a fait s'incliner devant eux même leurs vainqueurs. »

Montfarville

Nous remercions Monsieur le Doyen de ses explications si intéressantes et nous mettons le cap sur Montfarville. L'église de Montfarville est de la seconde moitié du XVIIe siècle. Une inscription gravée au-dessus du grand portail nous en donne et la date et le constructeur : « 1763 — Messire C. Caillet, curé de ce lieu, a fait bâtir cette église à ses frais. Priez Dieu pour lui. »

Si le côté esthétique a été sacrifié, il faut reconnaître que le bâtisseur a visé au pratique en faisant une église vaste et facile pour les cérémonies du culte.

Un des successeurs de Messire Caillet, M. l'abbé Gontière, fut en pèlerinage à Rome en 1878. Il fut vivement impressionné par la richesse décorative des sanctuaires italiens, et il songea à sa pauvre église dont la nudité lui faisait peine. Ce qui lui semblait au début rêve impossible devint bientôt réalité, grâce à la générosité des paroissiens et au bienveillant concours de l'artiste Guillaume Fouace.

En 1881, dix-neuf toiles étaient placées, dont là plus caractéristique et celle des Mages guidés par l'étoile.

De l'antique église, il ne reste que le clocher à bâtière du XIIIe siècle et les statues de Notre-Dame de Consolation (XVe siècle) et de Sainte Anne (XVIe siècle).

Barfleur

Il est plus de midi et demi lorsque nous arrivons à Barfleur ; aussi tous les excursionnistes font-ils honneur au menu copieux et succulent qui leur est servi à l'Hôtel Moderne.

A la fin du déjeuner, M. l'abbé Frémy fait agréer la nomination de M. de Germiny, et félicite les organisateurs de la journée.

Après une visite de la propriété de Mme Blanvillain, nous gagnons Gatteville. Tandis que les jeunes s'empressent d'escalader les 365 marches du phare, ceux que l'âge a rendu plus graves ou moins alertes contemplent la mer ou ramassent des galets comme souvenir.

Une voiture qui va trop vite, celle qui suit allant trop lentement et c'en est assez pour que le convoi se trouvé coupé. Tandis que les uns abordent le parc de Pépinvast par la grille d'honneur, les autres y arrivent par une autre porte... et ne se rejoignent pas. Ils se cherchent, s'attendent et, de guerre lasse, repartent, déçus. Mais tout s'arrange : place des Halles à Quettehou, toutes les voitures se rejoignent, et sagement, les unes derrière les autres, arrivent à la dernière étape : l'église de l'abbaye de Montebourg.

Montebourg

En entrant dans l'église, nous sommes saisis d'admiration à la vue de ce bel édifice roman. Une monographie de M. l'abbé Cauchon nous apprend que l'église, vendue à la Révolution, fut détruite par l'acheteur pour éviter de payer des impôts. Il en céda les matériaux aux propriétaires voisins. En 1817, l'acquéreur voulut se débarrasser de ce qui restait de l'édifice et vendit le tout. Le nouvel acheteur employa les grands moyens et, en février 1818, détruisit à la mine ce qui restait debout. C'en était fait de l'église abbatiale bâtie au XIIe siècle, « la plus vaste et la plus remarquable du Cotentin », selon M. Th. du Moncel.

Le 1er septembre 1892, les travaux de reconstruction furent entrepris et l'on rebâtit sur les anciennes fortifications. Interrompus au moment de la séparation et de la dispersion des Frères des Ecoles chrétiennes, les travaux furent repris ces dernières années et menés à bien. Espérons qu'un jour des ressources suffisantes permettront d'achever la sculpture des chapiteaux et des arcades.

L'heure tardive ne nous permet pas d'aller jusqu'au cimetière visiter la tombe de M. Paul Le Cacheux.

Il est 9 heures lorsque nous rentrons à Saint-Lo, heureux de cette bonne journée, favorisée d'un beau soleil.

Résumé

Extrait du compte-rendu de l'excursion des membres de la Société d'agriculture, d'archéologie et d'histoire naturelle du département de la Manche dans le Val de Saire.

Auteur

Ouvrage

Notices, mémoires et documents publiés par la Société d'agriculture, d'archéologie et d'histoire naturelle du département de la Manche, 1938, Vol 50, pp 84-88. Gallica

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