Poèmes de Marie Ravenel: Ma seconde vallée

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C'est un pli verdoyant pris entre deux hauteurs,
Tout parsemé d'attraits, de coups d'œil enchanteurs.
Son gai sentier, bordé de bruyère et de mousse,
A côté des prés verts, s'allonge en pente douce.
A plus d'une légende, aux récits d'anciens jours,
Ses gorges, ses sommets ont prêté leurs contours.
L'on y chemine, ému, de surprise en surprise;
A chaque bout médite une modeste église.
Là, les pauvres défunts, pressés sous le gazon,
Implorent du passant l'appui d'une oraison.
Ses décors si soudains, délices du touriste,
Offrent mille beautés au crayon de l'artiste.
Ses moulins, babillant sans trêve ni repos,
Font éternellement babiller les échos.
Ses arbres, ses rochers, ses sauvages retraites,
Font, à l'homme attentif, rêver d'anachorètes.
Son ruisseau de cristal, aux plis capricieux,
Jette à tous les écueils un mot mystérieux.

Le moulin qui m'offrit son ombre vénérée,
Fut jadis un Moutier, l'honneur de la contrée,
Où des hommes fervents, oubliant l'univers,
De l'encens des vertus, parfumaient ces déserts.
La statuette en pied du prélat tutélaire,
Orne encor le pignon plusieurs fois séculaire.
Les moines, glorieux de leur saint protecteur,
Avaient, pour l'exalter, choisi cette hauteur.
Combien de fois, chez moi, travaillant en silence,
Des saints religieux j'ai senti la présence,
Reconstruit leurs autels, contemplé leurs labeurs,
Ressucité leurs traits, leur costume, leurs moeurs!
Combien, durant les nuits, au chant des engrenages,
Des temps évanouis j'ai refait les images!

Un soir, en méditant, j'explorais le grenier,
Mon bon ange, sensible à mon voeu familier
M'offrit, dans la poussière, un éclat de statue,
Une épaule parfaite et chastement vêtue.
Un miracle, un trésor! Cette épave des temps,
Pour moi seule, en ce lieu, dormait depuis cent ans.
Je la pris, avec foi, la poitrine oppressée;
Un flot de gratitude envahit ma pensée.
Et je remerciai, des larmes plein les yeux,
Le Ciel qui m'envoyait ce témoin précieux.
Puis, me recommandant à sa sainte influence,
Dans un lieu bien caché je le mis en silence.
Depuis lors, à chercher plus animée encor,
D'autres petits débris grossirent mon trésor.
Dieu sait combien j'ai fait de plans, de conjectures,
Cherché surtout, surtout le lieu des sépultures,
Porté de tous côtés mes pas respectueux,
Sans que nul ait flairé mes pensers soucieux!

La prière, autrefois, choisit ces lieux tranquilles,
Aux sauvages beautés, aux abords difficiles;
Des hommes, pleins de foi, conduits par le Seigneur,
Y vinrent travailler pour un monde meilleur.
Un siècle après leur mort, j'en ai la certitude,
J'ai moi-même habité leur chère solitude.
Entre leurs murs bénis, j'ai vécu douze hivers.
Après eux, mille fois, j'ai foulé ces prés verts,
Je les invoque au Ciel, je chéris leur mémoire,
J'honore leurs vertus, mais qui sait leur histoire?...
Les précieux détails que j'ai tant implorés
De mes pieux désirs resteront ignorés.

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