Poèmes de Marie Ravenel: Les échos de la Toussaint

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Oui, j'aime à prier seule autour de ces poussières;
J'aime ces croix, ces vieux cyprès :
Que d'âges disparus, de familles entières
Attendent le réveil entre ces murs sacrés.
J'aime, lorsque mes jours sont noyés de souffrance,
De maux intérieurs cruellement sentis,
A chercher, sans témoins, le calme et l'espérance
Auprès des miens qui sont partis.

J'ai le culte des morts ; pour eux mon cœur supplie
Avec grande compassion :
Echelle de Jacob, la charité relie
Aux pleurs du pénitent les pardons de Sion.
Ce dogme précieux berça mon premier âge;
J'en écoutais si bien les larmoyants récits,
Et j'offrais ma prière avec tant de courage
Pour tous ceux-là qui sont partis !

Ces beaux jours sont bien loin ; les leçons maternelles
Sur la route ont fructifié ;
Et l'office des morts, aux formules si belles,
Dans l'ombre, bien souvent, de mes pleurs fut mouillé;
C'est que depuis longtemps, sans laisser nulle trace,
Ceux qui, sur leurs genoux, me l'apprirent jadis,
Sous mes yeux, tour à tour, sont allés prendre place
Parmi ceux-là qui sont partis.

Murmures inconnus, fraîche et timide haleine,
Qui circulez dans ces rameaux,
Seriez-vous excités par les ailes d'ébène
De l'ange qui préside à la paix des tombeaux ?
Souffles mystérieux, qui remuez ces plantes,
Qui frissonnez sous l'herbe, êtes-vous des esprits ?
Dites-vous, en secret, des choses consolantes
A tous ceux-là qui sont partis ?

Pauvres fleurs qui naissez si riantes, si pures,
Dans la demeure des défunts,
Attirez le passant parmi ces sépultures;
Qu'il mêle une prière à vos chastes parfums.
Vous, larmes du matin, qui tombez des feuillages,
L'une après l'autre, au sein de ces gazons bénis,
Puissent vos bruits légers être autant de suffrages
Pour tous ceux-là qui sont partis.

Vieux saules qui pleurez sur ces dalles funèbres,
Ainsi penchés, qu'écoutez-vous ?
Ces morts gémissent-ils dans l'horreur des ténèbres?
Inclinez-vous encore, implorez avec nous.
Et vous, petits oiseaux qui chantez dans ces lierres,
Joyeux, insouciants, en bâtissant vos nids,
Que vos gazouillements soient d'ardentes prières
Pour tous ceux-là qui sont partis.

Loin, bien loin du pays, des milliers de nos frères
Sont morts au milieu des dangers;
Frappés en divers temps, de diverses manières,
Ils dorment, çà et là, sous des cieux étrangers.
Chers absents, quels que soient le siècle et la distance,
Foudroyés à la guerre ou dans l'onde engloutis,
Nous vous comprenons tous, au temps de l'assistance,
Parmi ceux-là qui sont partis.

Et, d'écueils en écueils, chassés par les marées,
Que de malheureux inconnus
Sont venus tour à tour, de toutes les contrées,
S'échouer sur nos bords, cadavres froids et nus.
Nul ami n'a prié sur leur tombe de sable,
Où le flot cherche encore leurs pauvres os blanchis !...
Dieu veuille leur donner la vie impérissable
A tous ceux-là qui sont partis !

Beffroi qui d'heure en heure, égrènes dans l'espace
Ton lugubre avertissement,
Frappe l'attention du voyageur qui passe,
Pénètre tout son cœur d'un puissant sentiment;
Afin qu'en entendant la syllabe argentine,
Parmi les soins du jour, parmi la paix des nuits,
II offre une supplique à la bonté divine
Pour tous ceux-là qui sont partis.

Eglise qui fêtas le jour de leur baptême,
Par des carillons si joyeux,
Tu les as déposés dans le dortoir suprême,
Nourris du Viatique et parés pour les Cieux :
Soutiens mon humble foi, qu'elle soit pénétrante,
Tandis qu'à deux genoux, aux pieds du Crucifix,
J'offrirai le Stabat à la Vierge souffrante
Pour tous ceux-là qui sont partis.

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